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Le Diaconat
Mieux comprendre un ministère encore peu connu...

Le texte ci-dessous a été rédigé par le père Marcel Metzger, professeur à la faculté de théologie de Strasbourg et membre de la commission du diaconat, à la suite d'échanges avec des diacres auxquels j'ai participé.
D’où vient le diaconat ?
Dès les débuts de l’Eglise, les apôtres ont senti le besoin d’être secondés. Ainsi, ils choisissent sept personnes dans la communauté hellénistique qui officiellement assurent le service du partage et de la solidarité ; l’un d’eux, Etienne, sera le premier martyr de la foi. Dans les premières communautés, les responsables (épiscopes = évêques ou collèges d’anciens = presbytres) sont assistés de diacres, qui sont leurs relais sur le terrain.

Et ça veut dire quoi ?
En grec, diakonos veut dire serviteur. Les diacres sont donc témoins du Christ serviteur, non pas pour être des spécialistes du service mais au contraire pour orienter toute l’Eglise au service des autres.

Pourquoi diaconat permanent ?
Au cours des siècles, pour diverses raisons, le diaconat a fini par disparaître en tant qu’ordre permanent. Il s’est intégré comme une simple étape de la hiérarchie. Le Concile Vatican II a souhaité que le diaconat soit rétabli comme ordre permanent : des hommes sont ordonnés pour vivre le service, témoigner du Christ serviteur et être les animateurs, au nom des évêques, de la diaconie de l’Eglise. Ils sont ordonnés pour être diacres et le rester, non pour devenir prêtres plus tard. De même que les prêtres, chargés de rassembler la communauté autour du Christ-prêtre, les diacres sont des collaborateurs des évêques, chargés de services souvent tournés vers l’extérieur de l’Eglise.

Mon cheminement :
J’ai proposé ma disponibilité au début 1982 et je suis entré avec ma femme au Groupe de Recherche Diaconale du diocèse de Strasbourg. C’est dans ce cadre que se sont opérés discernement et formation. J’ai été ordonné par Mgr Brand, archevêque-évêque de Strasbourg, le 20 décembre 1986.
Ma mission : pastorale familiale dans le doyenné de Ribeauvillé, catéchèse des adolescents à Ribeauvillé.

Le diaconat aujourd’hui dans le diocèse de Strasbourg :
En 2001, les quatre premiers diacres de notre diocèse (Jean-Claude Ducottet, Charles Irrle, Albert Muller, Eric Schwartz) ont été ordonnés. Le discernement et la formation ont été renforcés et sont pris en charge par une équipe où collaborent prêtres, diacres et épouses de diacres.
Le groupe des diacres est coordonné par une commission diocésaine, comprenant le prêtre délégué au diaconat permanent (Jean-Pierre Zirnheld), les diacres délégués diocésains (Antoine Huck et Lucien Marchetti), des diacres et des épouses élus. Il y a actuellement 77 diacres (dont certains exercent leur ministère hors du diocèse) ; la plupart sont mariés, sauf 1 célibataire et 3 veufs). Quatre diacres sont décédés et un a quitté le ministère. L’âge moyen est de 57 ans, les missions sont très diverses (paroissiales, service des malades, pastorale familiale, accueil et préparation des sacrements, etc...)


Des références sur le diaconat :
La revue du Centre National du Diaconat : Diaconat Aujourd'hui (bimestriel)
Des livres :
La grâce du diaconat, questions actuelles autour du diaconat latin (Alphonse Borras et Bernard Pottier, Editions Lessius, 1998)
Le diaconat... tout simplement (Philippe Warnier, Editions de l'Atelier, 1994)
Les diacres (Michel Cancouet et Bernard Violle, Editions Desclées, 1990)
Diacres de Jésus-Christ (anthologie de déclarations de Jean-Paul II, Editions Fayard)
Diaconat et solidarité (Hubert Renard, Editions Salvator, 1990)
Des femmes diacres, un nouveau chemin pour l'Eglise (Marie-Josèphe Aubert, Editions Beauchesne, 1987)


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1. Quelle est l'intuition fondamentale présidant à la restauration du diaconat permanent ?
Le diaconat est en place dès l'époque apostolique (voir par exemple Ph 1,2 ; 1Th 3,8-13). Certains diacres des premiers siècles sont célèbres, comme saint Laurent, patron de la Paroisse de la Cathédrale. Pourtant, au cours du second millénaire, en Occident, le diaconat n'était plus qu'une étape de quelques mois avant l'ordination sacerdotale, mais le concile Vatican II l'a rétabli comme un ministère permanent. l'ordination de personnes qui ont la même vie et les mêmes difficultés que tout un chacun, qui sont présents dans le monde par le travail, la vie de couple et de famille, la vie de quartier, etc., correspondait au souci exprimé au concile, d'un réel partage des peines et des joies de ce temps et du passage d'une Eglise triomphale à une Eglise plus proche des gens.

2. Quelle est la spécificité du diaconat permanent dans l'Église aujourd'hui ?

Par les diacres, l'Église veut signifier que son Maître et Seigneur est "serviteur" et qu’elle-même veut être "servante" de l'humanité, particulièrement des plus pauvres, des exclus, des blessés de la vie et de tous ceux qui sont loin de l'Eglise. Ainsi, les diacres sont-ils signe du service gratuit, dans notre monde moderne où l'homme est souvent délaissé, ou nié dans son humanité. Ils n'ont pas à prendre tout en main, mais, dans les communautés chrétiennes, ils doivent être des veilleurs, des éveilleurs, pour que tous fassent signe à tous ceux qui souffrent. Les diacres sont signes du Christ serviteur, des signes visibles à l'autel et dans le monde,
signes de cette communion profonde entre le pauvre Jésus Christ sur la croix et les pauvres du monde, qu'il appelle tous à passer en lui de la souffrance et de la mort à la vie de sa résurrection.

3. Le diaconat permanent apporte-t-il du neuf dans l'Église, en particulier dans sa mission d'évangélisation ?
Le diaconat est le seul ministère ordonné confié à des hommes mariés. C'est une chance pour l'Eglise, car c'est un pont entre le dedans et le dehors de l'Église, qui contribue à réduire le fossé entre l'Eglise et le monde, les clercs et le peuple de Dieu. C'est un ministère du seuil, vécu en pleine pâte humaine et qui prend tous les risques que cela comporte : chômage, mutations, vie de couple (divorce) et de famille. Par les diacres, l'Eglise va vers les gens et elle est avec eux dans leur vie habituelle. Le service des diacres, c'est d'aller à la rencontre des gens là où ils en sont, dans le respect et la fidélité d'une vie vécue ensemble dans la durée. Dans des milieux imperméables aux déclarations abstraites, il permet à l'Église d'utiliser un langage concret, plus accessible, plus juste, dans les expériences de la vie, à cause de cette solidarité immédiate des diacres avec les gens. Le diaconat valorise également le sacrement du mariage et la vie de couple, jusqu'à en faire son premier témoignage. Il autorise enfin un éventail de champs d'action et de ministères plus large, dans des domaines plus variés.

4. Quelle est la place particulière du diaconat permanent dans la société, en particulier dans le monde du travail ?
Par toutes nos professions, nous sommes représentatifs de la société actuelle, nous sommes compagnons de la vie des hommes. Depuis notre ordination, on nous voit autrement. On vient nous confier des problèmes, notamment éthiques (avortements, divorces, recherche de nullité de mariage), mais aussi tous les soucis de l'existence. Nous avons quantité de témoignages à ce sujet. Ainsi, dans une entreprise, à la fin de l'entretien annuel professionnel avec son supérieur, celui-ci avait confié au collègue diacre le grave accident de circulation de son fils, au cours duquel son meilleur copain est décédé. Ailleurs, un collègue nouvellement arrivé dans le service voulait rencontrer le collègue qui est diacre, car il était intéressé par tout ce qu'il fait, et au cours de la soirée de rencontre, il a confié ses souffrances suite à la rupture d'une liaison amoureuse et du décès de son père. Une personne du quartier, pratiquante, demande à voir son voisin diacre pour confier ses souffrances dues à la séparation du couple. Certains vident aussi leur agressivité contre l'Eglise, car par notre démarche d'accueil fraternel, nous pouvons faire évoluer l'image qu'ils ont de l'Eglise.
Nous avons beaucoup de demandes de baptême de la part des gens avec qui nous vivons, comme ce fut le cas pour un diacre engagé dans une association du quartier : un couple qu'il y voit régulièrement lui a demandé de baptiser leurs quatre enfants, alors qu'ils n'habitent qu'à quelques centaines de mètres du presbytère. Un autre diacre avait sollicité pendant une manifestation syndicale, par un collègue de travail, pour qu'il baptise ses enfants. La même chose s'est produite en raison des relations nouées à la sortie de l'école, où les mamans et, à l'occasion les papas également, ont sympathisé ; c'est tout naturellement qu'une maman a demandé que l'ami diacre baptise la petite dernière.

5. Quelle est la place particulière du diaconat permanent dans les communautés paroissiales ?
A cause de leur proximité avec les paroissiens, dont ils sont amis, frères ou confidents, les diacres ne sont pas perçus comme des membres de la hiérarchie. Quand les gens, surtout ceux qui viennent rarement, voient leurs diacres à l'autel, ils comprennent que leurs soucis, leurs prières et leurs joies sont intégrés dans l'eucharistie et que Dieu les entend. Pour certains diacres, pas souvent en paroisse et pourtant aux côtés du prêtre dans l'eucharistie. Il arrive même qu'un diacre s'absente de son travail professionnel en tenue de service (de son travail) et revête (sans retirer la première), pour célébrer un enterrement, sa tenue de service liturgique (aube et étole) pour rapidement ensuite retourner à son service professionnel. Mais les paroisses ont parfois des difficultés à intégrer notre ministère. Il faut se faire accepter par les prêtres et même s'apprivoiser mutuellement. Nous sommes des perturbateurs, des jongleurs et des équilibristes, écartelés entre les différents pôles de notre mission. Nous sommes à la fois en marge, au seuil et dans l'équipe pastorale. A cause de nous, il faut changer l'horaire des réunions, les tenir le soir et non plus en journée. On trouve que les diacres " perturbent " le déroulement des célébrations et il n'est pas rare que le prêtre oublie la présence du diacre, pour le geste de paix, ou l'envoi. Parce qu'ils ont une vie de famille, les diacres ne sont pas corvéables à merci ! Il nous faut souvent faire le grand écart entre notre fidélité à notre mission auprès des exclus et notre présence en paroisse, avec toutes les sollicitations pour les célébrations (baptêmes, mariages ), ce qui provoque parfois des incompréhensions et même des conflits.

6. Quel rôle la vie familiale tient-elle dans le diaconat ?
Le premier lieu du service, c'est le conjoint et la famille. Nos épouses sont souvent des complices et des collaboratrices de notre ministère, par le dialogue, l'écoute réciproque et la prière partagée. Nous sollicitons leur avis pour les homélies, par exemple. De plus, des personnes se confient aussi à elles, en tant que femmes, épouses, en lien avec notre ministère. De part et d'autre, nous respectons une discrétion même entre nous, sur ce qui nous est confié. Nos épouses sont aussi comme diacre du diacre ; mais cela doit rester vivable, dans le respect de la vocation de chacun et le souci de l'épanouissement de chacun dans le couple et la famille ; il faut éviter que les enfants subissent notre ministère ; il faut un grand respect de leurs propres cheminements. Nous sommes aussi des témoins de l'Evangile par notre vie de couple et de famille.

7. Comment les diacres permanents se situent-ils par rapport aux prêtres ?
Nous nous situons en complémentarité. Les diacres sont bien à leur place dans le service, ils sont les derniers de la hiérarchie pour rappeler que les derniers de notre monde doivent être les premiers dans le royaume, les premiers servis, accueillis à la première place dans nos communautés chrétiennes. Sur le terrain, l'entente dépend des personnes. Parmi les prêtres, certains pensent que le diaconat n'est pas nécessaire, parce qu'il ferait obstacle à la prise de responsabilité des laïcs, ou à l'ordination d'hommes mariés comme prêtres, ou comme concurrence des prêtres. Pourtant, que de prêtre accomplissent des fonctions de diacre, sans s'en rendre compte ! Pour nous, notre expérience de vingt ans de diaconat en Alsace nous a persuadés que le rétablissement de ce ministère voulu par les apôtres est une immense grâce de Dieu. Diacres, des perturbateurs qui empêchent de tourner (en rond ?) comme ça a toujours été. c'est aussi oublier toute la tradition du diaconat permanent des dix premiers siècles de notre Eglise et depuis toujours dans l'Eglise orthodoxe. Si le diacre comme état permanent ne paraît pas indispensable (la charité du Christ serait-elle mineure ?), pourquoi le ministère du prêtre le serait-il ? Les laïcs pourraient aussi remplir ce ministère ? (pourquoi se poserait-on la question pour les seuls diacres et pas pour les prêtres ?) Les sentiments sont partagés, car tout ne marche pas toujours de façon idéale. La présence du diacre à l'autel est souvent contestée et le rôle qu'on voudrait lui faire jouer est celui d'un vicaire auxiliaire, selon les besoins.

Exemple : un directeur de banque qui a perdu sa femme et qui se confie en toute confiance un diacre et à son épouse ; le diacre signe sacramentel est perçu par les gens. Suite au décès d'un SDF et de la célébration de son enterrement, ses copains sont heureux et disent au diacre : " On ne veut plus qu'un de nos copains soit enterré comme un chien ". dans l'eucharistie, le diacre est signe du sacrement du frère, sacrement du pauvre, ministre de la charité du Christ, pour que tous les baptisés vivent cette charité avec tout homme rencontré. Il " décentre ", envoie vers tous ceux qui ne sont pas là, mais qui attendent une Bonne Nouvelle dans leur vie ; c'est pour cela que lui-même va les rejoindre et ne reste pas dans la paroisse de façon prioritaire.
Le matin, avant d'aller au travail, un diacre conduit à l'école un de ses enfants au CP ; à la même heure, en allant à la messe, une paroissienne le croise régulièrement et semble toute surprise. De temps en temps un diacre fait le geste de paix dans l'assemblée à son épouse, par un baiser sur la bouche ; un jour, une famille Sri Lankaise visiblement heureuse (il y a dans leur pays des prêtres mariés) vient le voir à la fin de la messe pour connaître son épouse. Le diacre rappelle aussi qu'il y a des marginaux, d'où la nécessité de sa présence. = ils se sentent représentés auprès de Dieu La direction de l'entreprise demande au diacre de témoigner de son ministère dans un article de la revue d'entreprise. Un diacre professeur, engagé syndical, constate que s'est installé parmi une partie majoritaire du personnel l'attention aux élèves en difficulté ; notamment par le refus de suppression des classes spécifiques pour eux. Souvent on constate l'importance de l'être-avec : " est-ce que tu vas rester avec nous ? avaient demandé ses collègues après l'ordination. Le ministère du diacre signifie que tous les milieux de vie sont importants, qu'il ne doit pas y avoir d'exclus pour l'Eglise. Le diacre est un homme public, un interlocuteur, un repère au quotidien, puisqu'on est avec nos collègues de travail. Il reste encore la question de ce ministère pour des femmes (?) Mais l'équilibre familial doit impérativement rester ce qu'il était avant l'ordination, elle sollicite l'adhésion de l'épouse, elle est un facteur d'équilibre, de partage et de don de soi. Un lieu d'interpellation, quand il le faut nos épouses nous remettent les pieds sur terre, pour respecter un équilibre de couple, familial et personnel ; un lieu d'équilibre indispensable, de détente et de ressourcement. Le jour de notre ordination, nos épouses disent "oui" à notre ordination, sans quoi l'ordination n'aurait pas lieu. Cela rappelle le premier "oui" réciproque de notre mariage, qui reste premier par rapport à l'ordination.